Monsieur le bétonneur, vous allez dans le mur.

Jeunes Alternatives a souhaité réagir à la publication du livre de Jacques Auxiette, président PS de la région Pays de la Loire, à propos l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes.

Vous vous appelez Jacques Auxiette et vous êtes un affreux bétonneur. Tels sont les mots que vous, Président de la région Pays de la Loire, utilisez dans votre livre-argumentaire.  Ce livre – gratuit, et heureusement – est censé contredire « les joyeux pacifistes promoteurs d’une vie paléontologique » qui s’opposent au grand projet d’avenir qu’est le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Les mots sont lâchés.

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Le projet d’une époque révolue

Notre-Dame-des-Landes est un projet qui date de 1967 (un lien à suivre absolument, qui résume parfaitement les arguments pour et contre le projet). A l’époque, il s’agissait de construire sur place un aéroport pour le Concorde. Le projet maintes fois reporté a abouti à la création d’une ZAD, « zone d’aménagement différé ». Cette zone est une zone humide. C’est une tête de bassin versant : les eaux de pluies qui y ruissellent alimentent tous les cours d’eau de la région. Comme le souligne Françoise Verchère, « reconquérir la qualité de l’eau passe par un travail sur ces bassins versants ». Que veulent donc faire les décideurs politiques ? Bétonner. Bétonner une zone irremplaçable, dont le manque sera compensé par des actions disparates éparpillées sur tout le territoire, au mépris de la loi sur l’eau. Bétonner, comme on a voulu, un jour, à la même époque que celle du choix du site de Notre-Dame-des-Landes, bétonner les marais salants de Guérande. C’est cela, la véritable génèse du projet : on défend un choix vieux de 50 ans, alors même que les questions écologiques n’étaient pas prises en compte. Et on le fait contre le droit: la loi sur l’eau, qui transpose une directive européenne, est, dans le cas de l’aéroport du grand ouest, rafistolée à la sauce « Vinci ». La zone devrait être compensée par la préservation d’une zone identique deux fois plus grande. Problème: il n’y a pas de zone identique deux fois plus grande dans la région. Résultat: Vinci veut compenser par des actions ponctuelles et dispersées.

Les raisons de construire l’aéroport et les arguments contre cet aéroport ont été de maintes et maintes fois rappelées. Saturation, pollution, nuisances sonores, urbanisation, et même, paradoxalement, écologie ont été les divers arguments avancés pour justifier le déplacement de l’aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes. Face à cela, des opposants se sont documentés, informés, ont débattu et ont présenté leurs arguments, avec leurs moyens.

Le mépris des opinions divergentes

« Je ne vois pas où se dresseraient, dans le modèle rétrograde proposé par les occupants de la ZAD (la fameuse zone d’aménagement différé de l’aéroport devenue « zone à défendre » !) à base de cabanes en bois, d’ateliers de construction de lance-pierres, d’arcs ou de flèches et de champs de rutabagas, les perspectives radieuses « des chemins pour un avenir partagé » défendues par quelques intellectuels sans aucune connaissance des réalités du dossier et du territoire ». Résumons : les opposants sont soit des « joyeux promoteurs d’une vie paléontologique », soit des « intellectuels sans aucune connaissance des réalités du dossier et du territoire ». Quid des élus locaux, engagés dans la lutte ? Quid des citoyens nantais, engagés dans la lutte ? Quid des agriculteurs, premiers touchés par le projet, engagés dans la lutte ? Vous les méprisez, vous assimilez et réduisez : les opposants sont des anti-progressistes pessimistes. Parce que le progrès tel qu’il est conçu aujourd’hui n’est pas contestable. Il n’est pas contestable car il fait le succès des plus favorisés, aux quatre coins de la France et de la planète. Penser un autre progrès, ce n’est pas penser contre la notion de progrès en elle-même. D’autant que les opposants au projet ont toujours proposé des solutions alternatives, allant même jusqu’à financer une enquête indépendante qui montre la faiblesse des arguments économiques du projet. Mais votre refus est aussi catégorique que votre esprit est étroit.  Refuser que le progrès puisse être autrement qu’il ne l’est, c’est faire preuve de dogmatisme, de conservatisme et de manque de responsabilité.

La démocratie, tous les cinq ans.

Mais, vous faites mieux : vous méprisez le citoyen et sa légitimité à défendre une vision politique. Pour quelles raisons ? Parce qu’en démocratie « représentative », quand les « urnes ont parlé », il faut se taire. Laisser s’appliquer un mandat. La démocratie, c’est donc, Monsieur Auxiette, tous les cinq ans, pendant deux semaines? Soit, un débat public a eu lieu en 2003. Mais le débat n’a fait qu’acter les désaccords et n’a aucun impact sur la réalisation effective du projet. Il n’a été qu’une formalité juridique dûment remplie, tout comme l’enquête d’utilité publique. Vous dites que les élections successives ont porté des listes ou hommes politiques favorables au projet depuis des années. Mais Monsieur Auxiette, croyez-vous réellement qu’un citoyen vote pour l’intégralité d’un projet ? Qu’un citoyen n’ait pas le droit d’émettre des critiques sur certains points d’un programme pour lequel il vote ? C’est aussi cela, la démocratie ! Vous savez pertinemment bien que le vote n’est pas toujours synonyme d’une adhésion. C’est bien souvent un choix par défaut.

Vous minimisez également l’impact sur les agriculteurs. Mais êtes-vous, une seule fois, allé à la rencontre, sur le terrain, de ceux qui seront directement touchés par le projet? Ce qu’ils disent est simple: si ce projet passe, alors que tous se sont mobilisés, ont organisés démocratiquement la contestation, ont participé, se sont informés, bref, ont été de véritables citoyens, cela enverra un signal fort. Il viendra servir de grain à moudre pour les populistes qui dénoncent les pratiques politiques d’aujourd’hui, bien éloignées des populations, bien peut regardantes à leur endroit.

Récemment, vous appelez à la poursuite du projet dans les plus brefs délais. Et si des opposants restent sur la ZAD, vous dites que « cela n’est pas plus compliqué qu’au Mali ». Les zadistes, tout comme les opposants du terrain, agriculteurs et citoyens-riverains, apprécieront d’être implicitement comparé à des groupes terroristes meurtriers. Si votre souhait, Monsieur Auxiette, et votre plaisir, sont d’envoyer l’armée pour expulser les opposants, vous fournirez donc à tous de belles images pour illustrer la première année d’un gouvernement de gauche.

Un livre partial et partiel

Votre court livre ne répond pas à toutes les questions. Loin de là. Ainsi, pourquoi l’aéroport de Nantes-Atlantique, à distance d’un arrêt de tram d’une ligne existante, n’est-il pas relié au réseau nantais ? Pourquoi la ligne de TER passe-t-elle devant l’aéroport sans s’arrêter ? Pourquoi personne ne communique sur les lignes alternatives au TANAir, le bus qui assure la liaison pour un prix exhorbitant entre le centre et l’aéroport ? Pourquoi ne construit-on pas des parkings en tour pour gagner de l’espace et réaménager Nantes-Atlantique sans compromettre les zones urbanisées aux alentours? Peut-être parce qu’une des sources majeures de revenu pour l’aéroport, ce sont ses parkings… Mais qui gère les parkings de Nantes-Atlantique ? Posons-nous donc la question, qui engrange les revenus dégagés par les pouvoirs publics qui refusent de bien relier Nantes-Atlantique à la ville? Vinci. Que veut faire Vinci? Construire Notre-Dame-des-Landes. Quel intérêt a donc Vinci à investir dans l’amélioration de l’aéroport qu’il considère déjà comme obsolète? La boucle est bouclée.

Une vision d’un autre âge 

« Ne bridons pas nos ambitions au motif d’une angoisse face à l’inconnu. Tout cela me rappelle une plaisanterie au sujet de deux hommes préhistoriques qui bavardent en revenant de la chasse aux mammouths. L’un dit : « tu sais, je crois qu’il y aura six milliards d’êtres humains dans 40 000 ans ». Et l’autre répond : « tu es fou, il n’y aura jamais assez de mammouths pour nourrir tout le monde, il faudrait au moins 6 000 planètes ! » » écrivez-vous encore. Votre leitmotiv y est clairement exposé : aller toujours plus vite vers une catastrophe annoncée. Cette angoisse face à l’inconnu, c’est en réalité ce que Jean-Pierre Dupuy, dans son ouvrage Pour un catastrophisme éclairé, quand l’impossible devient certain, appelle le refus de voir la catastrophe qui se déroule sous nos yeux. C’est là le signe de votre aveuglement: celui d’un notable politique, d’un homme de pouvoir, d’un homme d’obstination et d’orgueil, d’un homme de 60 ans qui n’a pas su ouvrir les yeux sur le monde dans lequel il vit désormais. Face à cela, il est grand temps que la classe politique se renouvelle et fasse de la place pour sa jeunesse.

Mais vos incantations ne suffisent pas et vous en rajoutez : « Quelle que soit la vitesse que l’on peut atteindre en vélo, si on arrête de pédaler, il y a bien un moment où l’on chute ! La tentation de la pause me semble être une chimère plutôt qu’une option durable ». Fort heureusement, l’Europe s’est saisie du dossier, et la commission du dialogue pourtant impuissante a émis des réserves. Votre projet va s’écraser. Alors permettez-moi de prolonger le petit jeu de la métaphore : continuez donc à pédaler, Monsieur Auxiette, toujours plus vite, toujours plus loin. La route n’est pas rectiligne et infinie. Un jour, ce n’est pas la chute qui vous atteindra, mais c’est vous qui, bétonneur bétonné, prendrez, à pleine vitesse, le mur de la réalité du monde.

Jules

NB: Cet article est « augmenté » de plusieurs liens qui vous permettent, si vous manquez d’informations, de retrouver pour chaque thématique soulignée des articles que nous avons jugés pertinents.

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4 réflexions sur “Monsieur le bétonneur, vous allez dans le mur.

  1. Pingback: Monsieur le bétonneur, vous allez dans le mur. | opinionchomage

  2. Cet article n’est qu’un énorme troll reprenant tous les poncifs éculés et passéiste anti NDDL, face au livre de Auxiette qui expliquait objectivement la situation.
    NDDL fait partie de la nécessaire bifurcation écologique et énergétique de la société. Les aveugles khmer ou fascistes verts ne le voient pas, mais là comme sur d’autres sujets, c’est eux qui envoie la planète dans le mur, et l’ultra libéralisme déchainé qui dirige ce monde s’en frotte les mains ! Pendant ce temps là, ils peuvent persécuter des syndicalistes, détruire le droit du travail, voler les retraites. Ces idiots utiles regardent le doigt et pas la lune.

    • Cher Monsieur « LGVPAca/Ouinddl ». S’il y a quelqu’un qui semble ne pas voir la réalité du monde et de sa situation, c’est bien vous. Plusieurs remarques s’imposent pour répondre à votre commentaire.
      Premièrement, la qualification d’énorme troll ne nous gêne pas. L’article est aussi fait pour que des gens qui ne connaissent pas le sujet puissent s’y retrouver. C’est la « ligne éditoriale  » de ce blog.
      DEuxièmement, vous parlez de « poncifs éculés et passéistes anti NDDL » face à un livre d’Auxiette « objectif ». Pardonnez-moi, mais nous n’avons, dans cet article, pas la prétention d’être objectifs. Et qualifier le livre d’Auxiette d’objectif est de la pure mauvaise foi. Vous avez le droit d’être d’accord avec ses idées, mais leur donner le rang de l’objectivité me paraît stérile, comment débattre de façon intelligente, dans ce cas là? Partons donc du principe qu’Auxiette défend ses idées et sa vision du monde. Et nous, nos idées, et notre vision du monde: encore une fois, nous ne nous accaparons pas l’objectivité sur une question débattue autant par des politiques, des économistes que des citoyens. Auxiette lui-même affirme qu’il donne son avis sur la question. Fournissez donc une étude récente qui prouve l’utilité de NDDL et la non faisabilité de l’adaptation de Nantes Atlantique. Dans ce cas, on pourrait se rapprocher de documents plus objectifs. MAis vous le savez comme moi, ces documents n’existent pas.
      Troisièmement, Pouvez-vous nous expliquer en quoi NDDL fait partie de la « bifurcation écologique et énergétique de la société »? Votre affirmation est intéressante, et au premier abord je la contredirais évidemment, mais j’aimerai que vous puissiez développer cette affirmation. Car débattre, chère Madame, cher Monsieur, c’est aussi avancer des arguments et pas seulement des formules creuses.
      N’y voyez pas une insulte, juste une critique, et qui peut être satisfaite simplement par l’explication de l’expression.
      Quatrièmement, vous parlez de khmers verts ou de fascistes verts. L’accusation de nazis n’est pas loin, mais vous vous arrêtez un peu avant. Si vous connaissiez un tant soit peu les fondements philosophiques de l’écologie politique, vous sauriez, cher Monsieur, chère Madame, que l’écologie politique ne se donne pas pour mission de sauver la planète, mais de sauver « la vie authentiquement humaine ». C’est encore autre chose que de sauver l’homme en tant qu’être vivant, il s’agit de sauver l’Homme en tant qu’être doté d’une liberté et d’une autonomie. L’écologie politique se donne justement pour mission d’agir en amont des problèmes écologiques majeurs qui se poseront, pour permettre de sauvegarder la démocratie. Les écologistes, par ce fondement idéologique, ne se prononceront jamais pour le fascisme, vert, brun, orange ou rouge, ou alors, ils ne seront plus écologistes. Ce sont, bien au contraire, si l’écologie ne devient pas entretemps une réelle priorité politique, les forces politiques dominantes, biberonnées aux paradigmes économiques traditionnels, qui se verront, faute d’avoir agi, obligées par leur propre logique économique, d’agir de façon autoritaire et dans l’urgence pour résoudre la crise écologique.
      Cordialement,

      Jules Hebert

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